Pour fêter ma première année de kayak et les joies que cela m'a apporté, des rivages de Ko Phayam à celles du Léman, en passant par Porquerolles ou le Cap Creus, j'ai entrepris un petit bricolage sur ce matériel sans lequel le kayak ne serait qu'un tronc d'arbre à la dérive : j'ai nommé... la Pagaie !
Voilà, il s'agit de profiter d'un entretien du vernis de mes pagaies en bois de marque
Azzali, modèle
K.S.A, pour en diminuer la surface.
Après une saison, mes impressions sont :
+ bonne qualité générale de construction et finitions+ agréables à manier+ démontables et angle variable+ le bois c'est drôlement classe+ prix raisonnable
Les désavantages sont surtout liés au matériau :
- poids plus élevé que la fibre de carbone (mais beaucoup moins chères)- fragilité relative au niveau des marques que peuvent laisser des chocs (pour les pagayeurs les moins délicats, ou pour jouer entre les cailloux, le plastique sera potentiellement plus robuste)Enfin 2 impressions plus personnelles :- le diamètre du manche qui s'affine au niveau de la prise en main un est un peu faible pour des grandes mains un peu maigres- sensation un peu "dure" lors du pagayage prolongé, ne correspondant pas à la réputation de souplesse du bois, ce qui motive mon travail de découpage et le léger raccourcissement ! Mais chacun est bâti et fonctionne différemment, et elles seront parfaites pour quelqu'un désirant plus de puissance.
Je suis donc décidé à les conserver, surtout qu'elles sont encore en parfait état, excepté quelques égratinures.
Les caractéristiques de base des Azzali K.S.A sont approximativement les suivantes (mesures personnelles sur des pagaies qui ont peut-être près de 10 ans d'âge) :
| Longueur | | 220cm |
| Poids | | 1230 gr |
| Incidence variable | | 0° ou +/-75° |
| Surface pelles | | 725 cm2 |
Comme le bois est relativement fragile, les pagaies se marquent rapidement si l'on n'est pas très soigneux, et l'eau ou l'humidité pénètrent sous les éclats de vernis, ce qui fait des taches en profondeur si l'on ne les fait sécher immédiatement après l'utilisation. Avec des arrivées et départ sur des plages de sable ou en zone protégée, ce n'est pas trop un problème, mais dès qu'on doit se frotter à des rochers, les pagaies en subissent les conséquences.
Possédant 2 paires, j'avais déjà légèrement retaillé l'une d'elle à la mi-saison, au pifomètre, et recouvert les bords d'une couche d'époxy. J'avais aussi raccourci les manches, les pagaies passant de 220 cm à 214 et 217 cm environ. Je l'ai ensuite utilisée pour de nombreuses sorties, dont plusieurs randonnées de plusieurs jours, l'autre paire servant de pagaie de secours. Sensations légèrement plus douces, mais je ne savais toujours pas dans quelle fourchette de surface ces pagaies se trouvaient.
Recherche infructueuse de la surface des K.S.A. d'Azzali sur internet. J'ai donc mesuré leur surface en traçant le contour sur du papier et en "intégrant" approximativement les mesures sur une feuille de calcul, selon la méthode des trapèzes. Si vous avez les logiciels nécessaires, il peut être autant rapide de photographier votre pagaie bien à plat, tracer le contour de pagaie sur un logiciel vectoriel en suivant les bords de la photo, remettre à l'échelle, et AutoCad vous donnera alors une surface plus précise que les mesures ci-dessus. Le processus inverse pourrait ensuite être utilisé pour designer, imprimer, découper une forme/shablon, puis tracer la nouvelle courbe à scier sur la pagaie, ce qui permettrait de gagner en précision !
Exemples de pagaies de kayak de mer très répandues :
| Modèle pagaie | | Surface |
| Werner : Shuna, Cyprus | | 610 cm2 |
| Werner : Corrywrecken/Ikelos | | 710 cm2 |
Surfaces de mes Azzali K.S.A selon mes mesures personnelles :
| K.S.A. d'origine | | 725 cm2 |
| K.S.A. modifiées 1. | | 696 cm2 |
| K.S.A. modifiées 2. | | 619 cm2 |
Conclusion : pour des pagaies de randonnée en Kayak de Mer, les K.S.A. sont donc d'une surface les classant parmi les plus grandes, c'est à dire soit très dures, soit réservées à des pagayeurs très puissants ! La longueur d'origine était de 220 cm, ce qui est une valeur élevée. Après les travaux décrits ci-dessous, la surface est donc de 619 cm
2, pour 211 cm de longueur totale et 1230 gr de poids. Au final, ce n'est donc plus du tout la même pagaie !
Mais comment trouver sa pagaie idéale ? Des sites de fournisseurs offrent la possibilité de trouver les modèles et calculer les longueurs qu'ils jugent adaptées.
| Afin de me rapprocher d'une surface cible de 610 cm2, je modifie les données dans ma feuille de calcul, puis trace une dizaine de points sur le papier, et les relie en essayant d'obtenir une forme proche de celle d'origine. Lorsque la forme me convient, les points sont reportés sur la pagaie, reliés à la main en essayant de lisser la courbe autant que possible ! Du travail un peu approximatif, mais réalisable sans matériel compliqué : |  |
| C'est parti ! Il n'y a plus qu'à découper à l'aide d'une scie sauteuse... |  |
| Découpe terminée, on voit les bosses qu'il faudra égaliser ! |  |
| Comparaison avec la taille d'origine : |  |
| Découpe et ponçace des bords terminés pour les 2 pagaies : |  |

Il est important de respecter l'équilibrage des pagaies : malgré leur aspect asymétrique, les surfaces de chaque côté de l'axe du manche sont égales ou relativement proches, et le centre de gravité de la surface doit être aligné sur l'axe du manche. En pratique, si l'on pose horizontalement la pagaie sur son manche, la pelle doit rester bien à plat. Sinon, lors du pagayage, le manche aura tendance à pivoter dans la main !
Ci-dessus, pagaie mal équilibrée, à droite, correct. Bien sûr cette méthode ne fonctionne que si l'épaisseur de la pelle est constante de 2 côtés de l'axe...
Il n'est pas évident d'avoir deux pagaies parfaitement semblables, à moins d'avoir un quadrillage très précis ou un shablon précis dès le départ. Ce n'était pas le cas ici (environ 10 points), et j'ai reporté la première découpe - après l'avoir proprement lissée par ponçage et/ou rabotage - sur un carton, en prenant soin de tracer aussi le manche, ce qui m'a permis de la retracer ensuite sur la 2
ème pagaie. Il faut tout de même découper avec une marge de sécurité et des différences subsisteront.
La modification est terminée ! Il ne reste plus qu'à passer de la résine époxy sur le bois pour solidifier les extrémités et les bords. Mais j'en profite pour entretenir le reste de la pagaie !
| Encore pas mal de travail ! Les adhésifs étaient présents en quantité sur cette paire de pagaies : guidoline qui ne veut plus partir ! |  |
| Les emmanchements pour fixer les 2 demi-pagaies avaient du jeu que j'avais réduit avec une épaisseur de scotch. Il faut tout nettoyer avant de passer une couche d'époxy et peut-être de tissu de verre ! |  |
| Plus d'une heure de travail par pagaie pour remettre le bois à nu ! Les inscriptions disparaissent. Je n'ai pas pensé à la décoration... |  |
| Encore un passage avec du papier de verre grain 150, et c'est terminé ! Le bois apparaît nu et doux comme la peau d'un nouveau-né ! Penser à laisser sécher le bois avant de passer la résine. |  |
| Finition à la résine époxy : 3 couches sont conseillées, je passe la 2ème 1-2h après la 1ère, (selon divers sites internet, la résine époxy doit être "verte", "après polymérisation", quand la résine "file", cette phase dépassée, il faut attendre le séchage complet, 24-48h, et poncer légèrement avant une nouvelle couche). Un local bien sec et une température d'au moins 20°C sont préférables. Suspension des pagaies pour séchage : |  |
| Problème lors de la 3ème couche, appliquée avec le petit rouleau dit "laqueur" ci-contre, dont des milliers de petits poils synthétiques restent collés à la surface ! A éviter, donc. Et rebelotte! attendre 24h, tout reponcer encore une fois, et recommencer, cette fois fois avec une petit rouleau de mousse. |  |
| Tissu de verre tressé et époxy (pratiquement invisible) pour renforcer les emmanchements, l'emboîtement se fait sans jeu après ponçage. |  |
| Résultat final sans vernis. |  |
Comportement après modifications :
L'"accroche" dans l'eau est un peu différente, naturellement, moins "massive" qu'auparavant. La même remarque peut être faite lors d'esquimautages, mais même avec la surface réduite quasi équivalente à celle des Werner Cyprus, l'exercice est beaucoup plus facile qu'avec les Werner.

Douleurs et problèmes aux épaules : nombreux sont les gens qui ont des problèmes d'épaules après avoir pratiqué le kayak plusieurs heures d'affilée. Parmi les causes possibles figure souvent l'utilisation de pagaies d'une longueur excessive, ou d'une surface trop importante.
Conclusion : une bonne journée de travail, répartie sur plusieurs jour en raison des temps de polymérisation. Et cela sans aborder le vernissage et ses subtilités. C'est le prix à payer pour remettre à neuf ces pagaies de bois. Malgré probablement plusieurs années d'utilisation lorsque je le ai acquises, mais à part le jeu dans les emboîtements, elles étaient dans un superbe état ! Je les ai bien plus usées en 6 mois d'utilisation !
Reste que le bois est fragile, et le moindre choc mal placé laissera une marque sans doute plus délicate à faire disparaître que sur une pagaie en fibre. La deuxième paire avait été "refaite" cet été, mais 2 petites expéditions ont laissé de nombreuses marques !
Une couche de tissu de verre et d'époxy sur l'ensemble de la pagaie, ou au moins sur le bas de la pelle serait le bienvenu, mais le poids s'en verrait alors bien augmenté. J'y repenserai lors de la prochaine réfection !